Il vaut mieux savoir trouver de bonnes explications pour justifier diverses cicatrices ou situations embarrassantes.
Qui oserait affirmer qu'une brûlure au fer à repasser est plus prestigieuse que celle que l'on aurait subit en sauvant un enfant d'un immeuble en flamme ?
Personne ? Bon, on est sur la même longueur d'onde.
Alors pour pouvoir faire face à tous ces petits tracas, voici un guide de transformation des plus ou moins humiliantes catastrophes en glorieuses anecdotes.
Premier exemple, qui ne nous est pas tous arrivés, mais presque...
Quand malencontreusement vous vous trompez de carburant en faisant le plein de votre voiture (situation totalement fictive, bien sur), au lieu d'avouer que vous étiez en contemplation d'un superbe spécimen de la race humaine (mâle ou femelle, suivant votre sexe et vos préférences), contemplation qui vous a distrait de votre tâche première, il est quand même plus facile de rejeter la faute sur un évènement extérieur (vous êtes hyper pressé car vos enfants sont seuls à la maison, c'est un exemple parfait de bonne excuse).
Ou encore mieux : rejetez la sur un intervenant totalement extérieur à votre monde (la cuve de la station service ou le bidon du dépanneur contenait le mauvais carburant, par exemple).
L'acteur extérieur étant bien sur une bien meilleure excuse car elle vous dédouane totalement.
Si celle ci a déjà été utilisée par votre entourage, rabattez-vous sur celle du parent stressé.
Vous assumerez ainsi une part de responsabilité, mais en gardant l'avantage d'une excuse valable.
Une autre situation, qui parait tellement absurde que vous pensez qu'elle ne peut se présenter que sous la forme d'un récit à caractère humoristique. Pourtant ça arrive.
Un matin, émoustillé par une douce chaleur et un soleil rayonnant, ainsi que par les restes d'une nuit de Chine (nuit câline, nuit d'amoooour...), vous ne supportez plus l'oppressante présence d'un peignoir sur vos épaules.
Au lieu de l'ôter le plus simplement du monde, vous entreprenez un torride strip-tease pour vous-même, voire pour votre cafetière frémissante et votre poêle frétillante.
Hélas absorbé par votre performance, et hypnotisé par votre propre corps, vous n'entendez pas votre fils arrivant dans la cuisine, ce qui est pourtant normal, vu que vous avez un fils, une cuisine, et qu'en plus c'est l'heure du petit déjeuner (tout ceci restant de la pure spéculation, notamment l'horaire de votre hypothétique mésaventure).
Pour narrer cette navrante humiliation, il faut alors prendre les grands moyens : vous n'avez d'autre choix que de faire intervenir dans la scène un mystérieux inconnu, qui s'est malencontreusement échappé juste avant l'entrée de votre fils.
L'échappatoire est bonne, vous permettant de passer pour une femme sexy et sensuelle en lieu et place d'une dévergondée exhibitionniste...
Alors pour ma part (il faut bien que je participe un peu à cet exercice de conversion), même si j'ai déjà vendu la mèche, il me faut bien trouver une excuse valable pour expliquer la superbe cicatrice qui orne désormais mon pouce droit.
Les taches ménagères ne sont pas sans noblesse, mais se couper sur un verre cassé en lavant la vaisselle, comme blessure de guerre, on a vu mieux.
Il me faut broder une histoire qui tienne la route aussi longtemps que les marques de ma maladresse, c'est a dire environ jusqu'à la fin de ma vie (seule une amputation pourrait masquer cette cicatrice, je trouverai une autre histoire en temps voulu).
J'avais pensé à une coupure que je me serai faite en tentant de réparer en pleine brousse et sans outils un 4x4 lors de mon périple au Niger.
Il y a cependant un écart de 7 ans entre ces deux évènements, cette histoire ne peut donc pas satisfaire la curiosité de toutes les personnes rencontrées entre 2001 et aujourd'hui.
J'opterai donc plutôt pour une rixe au couteau dans les bas fonds d'Hambourg pour défendre l'honneur d'une femme bafouée.
Ca a quand même plus de gueule....
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